Moi aussi, contractuelle, j’ai le droit d’être titulaire !

, par FO Drôme-Ardèche

« Je m’appelle Carole, j‘ai 32 ans et suis ASH contractuel depuis 6 ans à l’hôpital de Lorient dans un service de gériatrie. Après avoir été licenciée d’une entreprise d’agro-alimentaire en Bretagne, Pôle Emploi m’a proposé en 2006de rentrer à l’hôpital via un CAE (contrat d’accompagnement dans l’emploi), j’allais dire « faute de mieux ! » L’hôpital, je n’y connaissais rien. De nature curieuse et volontaire, le travail, les collègues ont fait que je m’y suis plu. J’ai découvert un milieu très enrichissant humainement. Du fait de mes bonnes appréciations, à l’issue de ce CAE, l’hôpital m’a alors proposé de passer contractuelle ASH.

Toujours disponible : J’ai enchaîné pendant plusieurs mois les petits contrats, les services, me montrant toujours disponible, acceptant sans jamais broncher les changements intempestifs d’emploi du temps, de ne pas avoir de congés annuels pendant les périodes de congés scolaires.

Et oui, c’est le prix que je paye pour continuer à travailler !! La peur au ventre, je ne dis rien. Le boulot se fait rare, donc je m’accroche en me disant que je vais peut être passer bientôt stagiaire !! Lors de mes entretiens d’évaluations, on me parle de projet professionnel, pourquoi pas en devenant Aide Soignante. Oui, mais quand ?

Mes projets toujours repoussés : Mon avenir professionnel, dans tout çà ? Je connais le syndrome du gardien de phare : « beaucoup d’horizon, peu d’avenir ». A 32 ans, je voudrais avoir un enfant, une maison…, ça fait 6 ans que j’y songe. Mais je me dis que si je prends un congé maternité, on ne me reprendra plus. Emprunter, tu ne peux pas non plus. Les banques refusent pour motif : « situation professionnelle précaire ».

Je suis donc une sempiternelle précaire. Au vu de l’augmentation des déficits hospitaliers, les promesses qu’on m’a faites d’un changement de statut s’évanouissent. D’année en année, mes espoirs s’envolent et par conséquent ma motivation aussi. Sans compter que je suis de plus en plus fatiguée, irritable, stressée.

Moi, qui pensait pouvoir évoluer dans la fonction publique, gravir les échelons. Depuis 6 ans, je reste toujours au même échelon.

On m’avait dit que la fonction publique avait pour rôle d’être un ascenseur social, d’offrir des carrières, un avenir certain pour les plus précaires. Il n ‘en est rien, je suis considérée comme un kleenex, comme un bouche trou de planning, une variable d’ajustement.

Je ne suis pas toute seule ! Malheureusement, je ne suis pas seule dans cette situation. Les conditions de travail de plus en plus dégradées pour tous, les arrêts maladie, les congés non remplacés font que je travaille certains jours en sous effectif qu’avec des collègues contractuelles comme moi, ASH, AS et infirmières. Alors j’aimerai pouvoir encore y croire à un avenir plus stable. N’ai-je pas souvent entendu de la part de la DRH que j’avais pour vocation à passer titulaire !! j’espère que ce n’est pas une chimère ! En effet, vocation ne veut pas dire obligation !! Et la Loi dit pourtant que « j’ai le droit d’être titulaire ».

.Pour FO, il devient urgent de donner une perspective d’avenir pour les contractuels.

.En effet, la fonction publique doit continuer à jouer son rôle d’ascenseur social, d’offrir de véritables déroulements de carrière et un avenir pour les contractuels.

.FO est signataire en Mars 2011 d’un protocole de titularisation pour les agents non titulaires (ANT)

Le nombre de précaires dans la fonction publique n’est pas près de disparaître. C’est en tout cas ce que laisse entendre le rapport que les sénateurs Jacqueline Gourault (UDI) et Philippe Kaltenbach (PS) ont rendu public cet été. Les deux élus font le point sur le quinzième plan de titularisation de la fonction publique amorcé par la loi du 12 mars 2012, dont le but est de lutter contre la précarité dans la fonction publique d’ici à 2016. Si ce rapport d’étape est plutôt positif, il reconnaît quelques dysfonctionnements, notamment au sein de la fonction publique hospitalière.

20% DE FONCTIONNAIRES NON TITULAIRES

Les contractuels sont de plus en plus nombreux. En 2011, les trois versants de la fonction publique (Etat, territoriale et hospitalière) employaient plus de 900 000 non-titulaires, soit 20% du total de leurs agents. Un nombre en hausse de 2,5% par an entre 2000 et 2011. Jacqueline Gourault et Philippe Kaltenbach estiment que 120 000 d’entre eux pourraient être titularisés d’ici 2016. Un point positif du plan lancé en 2012, que les deux rapporteurs tempèrent aussitôt, ajoutant que la précarité ne disparaîtra pas après 2016 : « Le stock de contractuels se reconstitue inéluctablement car le recours au contrat permet d’assurer l’accomplissement du service public quand les titulaires font défaut. »

MANQUE DE TITULARISATION DANS LES HÔPITAUX

La fonction publique hospitalière est d’ailleurs l’une des plus touchées par son nombre de contractuels. D’autant plus qu’en 2014, seuls 3 130 agents (sur 44 000 prévus d’ici 2016) ont été titularisés. En cause, le manque d’attractivité de certaines fonctions. Le rapport cite l’exemple de la kinésithérapie et de l’orthophonie, mieux rémunérées lorsqu’elles sont exercées de manière libérale.

NON-RESPECT DU CALENDRIER DES CDISATIONS

Autre point négatif : la transformation des contrats à durée déterminée (CDD) en contrat à durée indéterminée (CDI) au bout de six ans (loi du 26 juillet 2005). Jusqu’alors, il n’y avait aucune durée précise qui fixait le passage de l’un à l’autre. Le rapport estime que 19 000 contractuels de la fonction publique territoriale devraient y avoir droit avant 2016, et 8 600 pour la fonction publique hospitalière. Mais le passage au CDI reste minoritaire. Selon Jacqueline Gourault et Philippe Kaltenbach, le calendrier n’a pas été respecté. « Contrairement à l’automaticité prévue par la loi, la transformation de leur contrat n’aura pas été immédiate pour tous les non-titulaires, particulièrement dans la fonction publique hospitalière où elle s’étendra jusqu’en 2015 », précisent les rapporteurs.

Encore une fois la signature que nous avons portée au bas de cet accord n’a pas été respectée. Le dialogue social devient un instrument de communication non suivi d’effet ! Pour tout emploi permanent, le recrutement dans la fonction publique c’est un concours, une mise en stage de 1 an et un emploi de titulaire !

Revendications FO :

respect du protocole du 31 mars 2011 pour les agents non titulaires sur la sécurisation de l’emploi et de ses titularisations • Tout d’abord et PRIORITAIREMENT, le respect des règles de recrutement afin de titulariser tous les contractuels(tout emploi permanent doit être pourvu par un agent titulaire) • Pour les contractuels, le versement des primes (ex. prime de service…) dans les mêmes conditions que les personnels titulaires • L’application d’une majoration de rémunération pour compenser la précarité́ • Tout contractuel ayant intégré́ un des dispositifs de la loi pour sa titularisation devra se voir proposer un poste. ..